Archive for novembre, 2010

Lecture Jacuzzi / Lecture Mer du Nord

novembre 8, 2010

Je reviens ici sur la métaphore natatoire que j’ai commencé à explorer dans mon exposé au SFEM. J’ai montré la figure ci-dessous en guide d’illustration du processus d’immersion qui caractérise la lecture. Chaque point noir sur la ligne du bas représente une plongée dans le livre. La lecture elle-même est entrecoupée par des moments où nous remontons à la surface.

 

Lire c'est nager

Lire c'est nager

Lire c’est nager. Les livres sont des piscines portatives. Il suffit de les ouvrir pour y plonger et s’y baigner.

Il existe évidemment différents types de baignades. Par exemple, le plaisir immédiat de la lecture « Jacuzzi ». Il est si facile de s’y plonger. C’est beau, coloré, distrayant, informatif, instantanément gratifiant…  mais après vingt à trente minutes nous commençons à nous sentir un peu nauséeux. Notre tête tourne un peu. La lassitude vient. Nous reposons l’ouvrage.

Il y aussi la lecture mer du Nord. Lorsque nous trempons le bout du premier orteil  dans l’eau glacée, nous nous disons «  non, vraiment pas la peine d’insister, c’est trop froid». Dès la première page, la tentation d’abandonner est grande. Nous reprenons un peu plus tard, réussissons avec courage et détermination à terminer l’introduction. Des points restent obscurs, notre motivation est incertaine. L’effort en vaut-il la peine ? Parfois nous abandonnons. Pas le courage. Parfois nous persistons dans l’effort, vainquons le premier chapitre. Et là surprise, nous commençons à nous habituer, le texte jadis opaque se fluidifie.  Nous prenons plaisir à y rester. Et puis surtout, quand arrivé à la fin de la lecture, nous nous résignons à revenir sur le rivage, nous nous sentons mieux, frais, éveillé, heureux de l’épreuve dont nous avons triomphé, prêt à des lectures encore plus froides.

Entre Gala et Joyce, entre Paris Match et Heidegger, il y a évidemment un monde de baignades intermédiaires et des subtilités dont cette dichotomie simpliste Jacuzzi/Mer du Nord ne rend pas bien compte. Il y a les petites baignades courtes et rapprochées caractéristiques du butinage web. Il y a la nage en surface des livres qui portent pédagogiquement leur lecteur au moyen d’encarts, de rappels en marge, de résumés et de figure illustratives et la plongée profonde de ceux qui vous entraînent dans leur monde en faisant bien attention de ne rien offrir qui puisse vous distraire ou vous faire remonter à la surface.

Parfois nous remontons à la surface contre notre grès, non pas pour respirer entre deux immersions mais parce que tout d’un coup nous l’interface livre cesse de faire corps avec nous. Une page encore attachée d’un livre de jadis ou de manière plus contemporaine l’incongruité d’une interface numérique mal adaptée. Comme quand suite à un faux mouvement, le marteau cesse d’être l’extension inconsciente de notre main pour redevenir cet outil extérieur, comme quand l’inégalité d’un trottoir nous fait trébucher et nous rappelle qu’un comportement si intégré que la marche est en fait loin d’être évident, l’interface de lecture mal conçue nous rappelle nous avons devant nous un objet et non pas une piscine.

"Le futur de la lecture" : Exposé au SFEM 2010

novembre 1, 2010

J’ai donné vendredi à Berne un exposé au Swiss Forum for Educational Media (SFEM 2010) sur le "futur de la lecture" (titre sans doute un peu trop emphatique/imprécis). C’était une journée intéressante avec des exposés de Gilles Marchand, directeur de Radio Télévision Suisse (RTS), la conseillère nationale Josiane Aubert, Bernard Cornu directeur de l’innovation au CNED et  Raymond Morel de la FSFA.

Après une courte évocation du "mauvais débat" qui oppose livre papier à la lecture sur écran, j’ai tenté d’explorer certaines des "fonctions" du livre en particulier sa fonction structurante (ou "architecturante") et sa fonction "immersive", et la manière dont ses fonctions peuvent se retrouver ou non dans le livre numérique. J’ai ensuite présenté à partir de quelques exemples récents (Femina HD, Le Maitre de Garamond, Lala), nos progrès dans l’élaboration d’un nouveau format, nommé Bookapp, pour la publication électronique. En conclusion, j’ai rapidement décrit  l’évolution du livre comme une ressource associée à des droits d’accès et non plus comme un objet que l’on possède. J’ai enfin évoqué la manière dont la chaîne du livre pourrait se réorganiser dans les mois/années qui viennent.  Autant de notions qui mériteraient évidemment un traitement plus long.

Les slides de ma présentation sont sur slideshare.

Video Quicktime de la présentation

Video Flash de la présentation

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