Cours introductif sur les Social Reading Technologies

décembre 7, 2010

Dans le cadre du seminaire CSCW de Pierre Dillenbourg, j’ai donné ce mardi à l’EPFL mon premier cours introductif sur les "Social Reading Technologies".  Mon cours était organisé en trois parties :

1. Il s’agissait d’abord de bien réaliser qu’il existe déjà de nombreuses pratiques sociales autour de la lecture (contrairement au stéréotype culturel qui voit dans la lecture un acte isolant et solitaire). J’ai tenté de les classifier en pratiques synchrones (familiales comme dans le cas de la lecture faite aux enfants, institutionnelles pour les lectures religieuses ou scolaires, informationnelles comme dans le cas des quotidiens d’information) et pratiques asynchrones (club de lectures, cafés, échanges de livres, bookcrossing, etc.). J’ai ensuite introduit quelques concepts utiles pour penser ces pratiques comme la notion de trajectoire d’un lecteur dans l’espace des livres ou de trajectoire d’un livre dans l’espace des lecteurs. Puis j’ai présenté certains des nouveaux services de lecture sociale qui ont fait leur apparition dans les derniers mois/années. J’ai proposé une première classification de ces services basé sur leur tendance à se focaliser sur l‘espace des lecteurs (nouveaux Book clubs dont l’objectif est d’organiser/lancer des "conversations" autour des livres), ou sur l’espace des livres ("folksonomies" émérgentes basées sur des tags) ou enfin sur l’espace des trajectoires (service de "géolocalisation" litteraire, check-in dans les livres, etc.)

2. Dans la seconde partie du cours, j’ai voulu illustrer comment les  "Social Reading Technologies" peuvent aussi bien s’appliquer aux livres papiers qu’aux livres numériques, insistant, comme je le fais souvent, sur la non pertinence de l’opposition papier/digital. J’ai expliqué la transition du livre vers un modèle où il devient non plus un objet mais une ressource associée à des droits d’accès. J’ai montré comment en pratique les commentaires associés à un livre papier pouvait se retrouver sur ses diverses versions numériques et vice-versa. Nous avons ensuite organisé un exercice pratique au cours duquel les étudiants ont du réfléchir à la meilleure manière de concevoir un format versatible pour coder les "bookmarks" de plusieurs lecteurs sur une oeuvre dans l’objectif de pouvoir facilement les échanger plus tard quelle que soit les interfaces de lecture utilisées. Chacun a présenté ses solutions à ce problème difficile. J’ai ensuite donné un aperçu des réflexions du James Bridle dans le cadre du projet Open Bookmarks, puis suggéré quelques directions intéressantes à explorer sur un mode de codage procédurale des positions dans les livres et un système de micro-syntaxe inspiré des pratiques sur Twitter.

3. J’ai enfin essayé de faire comprendre aux étudiants que ces technologies étaient susceptibles dans certains cas d’avoir un impact supérieur en terme de pratiques de lecture que les approches basées sur le machine learning et le data mining. J’ai d’abord présenté la course actuelle au "reading analytics", leurs enjeux potentiels en termes économiques mais aussi les problèmes que ces technologies soulèvent du point de vue de la vie privée. J’ai brièvement présenté les progrès récents sur la reconnaissance visuelle des pages et des annotations (notamment ceux de notre laboratoire) et les perspectives passionnantes ouvertes par ces recherches en terme de progrès vers une compréhension de ce qu’est vraiment la lecture. J’ai ensuite voulu montrer comment  les "Social reading technologies" offrent une alternative pertinente et complémentaire à ces approches et comment elles sont susceptibles d’avoir des conséquences effectives sur nos pratiques de lecture. J’ai pris comme exemple les problèmes de la recommandation de livres (automatic vs user-generated), de l’indexation sémantique (technologie du web semantique vs tagging par les utilisateurs). Ces deux illustrations avaient pour but de montrer les limites de la modélisation de l’utilisateur et de la fouille sémantique pour offrir des services pertinents aux lecteurs.

Les slides de mon cours (en Anglais) sont disponibles sur slideshare.

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4 Réponses à “Cours introductif sur les Social Reading Technologies”


  1. Toujours très stimulant le travail de Frédéric Kaplan.

    Dès le premier point, la force de juxtaposition entre "social" et "reading" saute au visage et donne la métastabilité, l’élan, qui nous ouvre de nouveaux chemins d’interprétations.

    A mes yeux on est en plein dans les technologies relationnelles (http://www.christian-faure.net/2010/10/01/des-techniques-relationnelles-aux-technologies-relationnelles/) qui posent à nouveaux frais la question de la transindividuation (Simondon).

    "Pourquoi donc est-ce "social" de lire ? " est un excellente question je crois.


  2. [...] aux meilleures manières de rendre le livre numérique social (voir mon cours sur les Social Reading Technologies), la littérature pour enfants peut de nouveau nous servir de guide. Dans un monde où la lecture [...]


  3. [...] aux meilleures manières de rendre le livre numérique social (voir mon cours sur les Social Reading Technologies), la littérature pour enfants peut de nouveau nous servir de guide. Dans un monde où la lecture [...]


  4. [...] pas forcément un plaisir solitaire. Il existe déjà des multiples manière de lire ensemble (voir mon cours introductif sur les social reading technologies).  Toutes ces fonctions de médiation sont difficilement automatisables par des machines. Nous [...]


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