Documentalisation des flux, fluidification des documents

janvier 7, 2011

Dans sa sélection des  50 meilleures inventions de l’année 2010, Time Magazine a choisi le magazine social Flipboard. Cette application iPad permet de consulter dans une mise en page qui rappelle celle des magazines des flux Twitter et Facebook que l’utilisateur peut librement choisir. Chacun peut ainsi se créer un magazine entièrement personnalisé, mis à jour en temps réel. Cette application et plusieurs autres (en particulier paper.li) explore une nouvelle tendance que nous pourrions appeler : la documentalisation des flux.

Comme l’écrit Pascal Robert, la fonction même d’un document est d’"arraisonner l’événement, de passer du flux à une relative stabilité sans laquelle on ne peut construire les outils du travail intellectuel". En ce sens chaque tweet peut déjà être considéré comme un micro-document (les débats judiciaires autour de l’affaire Assange au cours desquels des tweets sont intentionnellement effacés puis retrouvés illustre bien ce point). Lorsque l’on tweet il s’agit bien, d’une certaine manière, de "documentaliser" un événement pris dans un flux.

De la même manière qu’il a été pertinent il y a plusieurs siècles de regrouper des documents-feuillets au sein d'"hyperdocuments" appelés livres, des outils comme Flipboard semble illustrer aujourd’hui l’intérêt de regrouper des micro-documents comme les tweets ou les statuts Facebook dans des hyperdocuments structurés. Ces magazines personnalisés reflètent les choix et les intérêts d’un individu, et à travers sa propre manière de sélectionner des flux, une certaine perspective sur l’information mondialisée et temps réel. Il s’agit en quelque de sorte, si l’on veut rajouter encore un néologisme, d’une nouvelle forme de micro-éditorialisation.
Ces nouvelles pratiques s’accompagne d’un retour en force de la notion de page, sans doute trop rapidement enterrée par les tenants de la fluidité des contenus. En tant que "lieux" et classeurs de microdocuments, les hyperdocuments doivent proposer des formes architecturales structurées. On pourrait interpréter les "magazines" de Flipboard comme des livres auxquels on rajouterait constamment des pages de début.

L’option actuelle prise par les concepteurs de Flipboard semble pourtant un peu différente. Les magazines générés ne sont ni archivables, ni référenciables. Ce ne sont en fait pas à proprement parler des  hyperdocuments, juste une sorte d’appareillage optique qui rend visible mais ne mémorise pas.

Il ne serait pas étonnant de voir apparaître dans les mois qui viennent des processus de documentalisation qui opteraient au contraire pour une forme de cristallisation progressive des flux d’actualité. Les pages de ces magazines se stabiliseraient au bout de quelques jours et deviendraient ainsi de véritable documents, citables et archivables. D’une certaine manière, Paper.li semble prendre ce chemin.

Pour finir, il est intéressant de constater que l’on voit apparaître symétriquement à ces processus de documentalisation des flux, des nouveaux services de fluidification de documents. Le service Qwiki en est l’exemple le plus illustratif. A partir des informations disponibles de plusieurs base de données, Qwiki produit automatiquement des petits spots d’information consultable comme de vrais programmes télévisuels. L’effet est impressionnant. Les documents stabilisés redeviennent des flux. La boucle est bouclée (il y a même un spot sur Flipboard)

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9 Réponses to “Documentalisation des flux, fluidification des documents”


  1. Je ne suis pas sûr que cette cristallisation ait lieu. Ces magazines sont a usage unique : ils ne servent que leur créateurs… Personne ne va sur le Paper.li d’un autre internaute (c’est illisible, même pour l’utilisateur originel), comme personne ne va sur la page Netvibes de quelqu’un d’autre, comme personne ne suit le fil RSS de nos abonnements Twitter ou blogs… Par contre ces publications automatiques de ce que nous lisons (Tumblr et Posterous sont certainement à inclure là-dedans), sont très utile comme lieu de mémoire de celui qui les produit. Mais je ne crois pas une seconde, que cette veille, non éditorialisée pour la plupart, puisse servir à d’autre qu’à soi, bien souvent.

    La citabilité de ces documents d’agrégation n’a aucun intérêt en soit : leur but n’est que de donner à lire des sources originelles sous d’autres formes.

    Par contre, oui, les formes d’agrégation ne sont pas terminées. Et Qwiki est un bon exemple de l’intense recherche qu’il y a actuellement sur comment permettre à chacun d’organiser son information. Il y en a plein d’autres qui tentent de prendre la main sur la ligne de temps ou la ligne de compréhension de tout ce qu’on lit. Mais je crains que cela reste éminemment personnel.


    • Je te suis sur l’essentiel.
      "ils ne servent qu’à leur créateur": C’est pour l’instant assez vrai. il est intéressant de comparer les approches de Flipboard et paper.li, sur ce point.
      1. Flipboard permet de créer plusieurs magazines à partir ses propres choix (le magazine ne contenant que les articles des tweets d’Hubert par exemple). Ces magazines sont une manière pour le lecteur d’organiser lui-même les flux qu’il souhaite suivre, de les trier par sujet et par source. Pas de possibilité de les partager, pas d’archivage. Il s’agit juste d’un appareil optique et c’est un choix assumé. Nous sommes donc dans le type d’utilisation que tu décris.
      2. Paper.li propose de créer automatiquement un unique journal partageable automatiquement à partir des tweets des comptes que l’on suit sur Tweeter. Paradoxalement, ce journal est archivé alors qu’il est encore moins "édité" que les magazines Flipboard. Ce ne sont pas forcement des tweets que l’on a trouvé intéressants. D’une certaine manière ce journal est juste un épiphénomène, possiblement intéressant à lire pour divers lecteurs mais probablement pas très pertinent à citer.

      Tout ceci étant dit, il est possible que de ces premiers essais naissent des formes un peu plus intéressantes de micro-éditorialisation. De la même manière que je "retweete" certaines informations, je pourrais vouloir créer facilement un magazine personnel à partir des flux que je suis, en postant un "chapeau" d’une ou deux lignes avant un article par exemple. Une forme donc légèrement plus "éditorialisée" que le RT. Un tel hyperdocument serait peut-être citable, de la même manière qu’il est "poli" de retweeter un tweet qui nous a apporté une information pertinente plutôt que de citer directement la source. Il y a probablement donc un continuum dans les hyperdocuments micro-édités que nous commençons juste à explorer, de l’agrégat automatique au magazine amateur.

  2. charlax Says:

    Article très intéressant, même si je rejoint Hubert Guillaud sur les limites de paper.li… Vous avez néanmoins raison en ce qui concerne la tendance elle-même : nous avons besoin de recréer de la cohérence face à cette surcharge d’information !


  3. Pour ceux qui ne connaitraient pas, un autre exemple "célèbre" de documentalisation de flux sous la forme d’un hyperdocument papier: My Life in Tweet de James Bridle :

    http://booktwo.org/notebook/vanity-press-plus-the-tweetbook/


  4. [...] Documentalisation des flux, fluidification des documents [...]


  5. [...] sur une période donnée. Il rassemble ainsi un matériel biographique déjà produit, donnant une dimension documentaire à un flux de micro messages. Pour créer son Tweetbook l’auteur entre les identifiants de son compte Twitter sur une borne [...]


  6. [...] l’aventure. J’ai déjà parlé de Qwiki à l’occasion d’un billet sur la fluidification des documents . Ce service permet de créer des petites animations de quelques dizaines de secondes sur presque [...]


  7. [...] sur Twitter, et choisissent même pour nous les meilleurs partenaires amoureux. Nous consultons des journaux personnalisés produits automatiquement et reflétant nos intérêts. Bientôt des chaînes de télévisions [...]


  8. [...] resources : Documentation des flux, fluidification des documents. Share this:TwitterFacebookLike this:LikeBe the first to like [...]


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