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Le développement des Digital Humanities en Suisse

juillet 16, 2012

Pour faire suite à l’annonce de ma nomination dans la presse, voici quelques explications complémentaires. 

Un nouveau laboratoire

La presse a donc annoncé aujourd’hui ma nomination en tant que professeur en Digital Humanities, première chaire suisse de ce domaine émergent. Je dirigerai à l’EPFL, le Digital Humanities Lab dont la mission est d’appliquer les savoir-faire des sciences de l’information aux questions de sciences humaines et sociales. Nous travaillerons en étroite collaboration avec l’Université de Lausanne et d’autres centres de recherche dans le monde.

Je préciserai dans quelques semaines les axes de recherches principaux de ce nouveau laboratoire, mais je peux déjà en dire quelques mots. Une de mes priorités sera de développer des technologies qui permettent de mieux prendre conscience du « Temps Long ». L’explosion informationnelle nous donne l’impression de vivre dans un éternel présent. Nous pensons de moins en moins au passé et plus du tout au futur. Ce rétrécissement temporel réduit notre imagination. Or parallèlement, nous pouvons aujourd’hui numériser et structurer des archives immenses et disparates. À partir de cet océan d’informations, nous pouvons reconstituer de nouvelles représentations du passé, voir apparaitre des structures à l’échelle des siècles ou au contraire « zoomer » et reconstituer le contexte riche et précis d’un jour et d’un lieu. De la même manière que Google Earth a rendu toute la Terre accessible en quelques clics, nous pouvons développer aujourd’hui des outils pour rendre le passé présent.

Symétriquement, nous comptons aussi développer des outils pour mieux comprendre les dynamiques culturelles et sociales au moment même où elles se déroulent. Il s’agit en quelque sorte de comprendre ce « Grand Maintenant » caractéristique de notre société globalisée. Nous organisons d’ailleurs en décembre le premier workshop international  sur la sociologie « Just-in-Time».

Nous comptons lancer aussi des projets sur les nouvelles écritures,les systèmes architecturaux,  la génétique des objets industriels, l’éducation globale et d’autres aspects de la culture digitale. Mais je n’en dirai pas plus pour aujourd’hui.

Un tournant

Historiquement, les Digital Humanities se sont construites essentiellement dans le monde anglo-saxon. L’Europe en général et la Suisse en particulier, ont pourtant un rôle crucial à jouer dans ce nouveau domaine. Nous comprenons la diversité culturelle, vivons la diversité linguistique, héritons d’un patrimoine immense et riche.  Ce n’est sans doute pas un hasard si cette thématique des Digital Humanities trouve ici des dynamiques si puissantes. À la chaire nouvellement créée par l’EPFL vont faire échos en 2013 et 2014 d’autres chaires à Berne et à Lausanne. Plusieurs postes de doctorants sont déjà mis au concours. Nous avons également corédigé un programme de recherche sur 12 ans (NCCR) aux effets structuraux importants et dont nous recevrons les premières évaluations dans quelques mois.

Sans doute pour toutes ces raisons, cette semaine à Hambourg, l’association des organisations en Digital Humanities a décidé de choisir la candidature de l’EPFL et de l’UNIL pour accueillir la plus grande conférence du domaine en 2014. C’est un grand honneur, mais surtout le signe d’un tournant décisif du domaine.

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