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La construction collective des métadonnées en bibliothèque

avril 28, 2012

Nous avons organisé ce jeudi, avec Alain Jacquesson et Silvère Mercier (blog), une formation pour les bibliothécaires (comme l’an dernier) au Salon du Livre de Genève.  Alain Jacquesson a fait un point complet et critique sur les ressources numériques disponibles aujourd’hui pour les bibliothèques et les centres de documentation en ce qui concerne les revues (NewJour, DOAJ, Seals, Revues.org, CAIRN) et les monographies (Projet Gutenberg, Gallica, Rero.doc, Google Livre, Internet Archive, Hathi Trust). Il a également fait le point sur les nouveaux services de prets (Overdrive, Amazon). Silvère Mercier a proposé un atelier sur les stratégies des médiations numériques en faisant découvrir par la pratique les outils pour proposer du contenu éditorial sous la forme  de « dispositifs ponctuels » (storify, mindmeister, Libraything, scoop.it, Google maps, Dailymontion, Pearltrees, Markup.io, Prezi, etc.) à insérer dans des « dispositifs de flux » (Blog, twitter, profil Facebook, etc.). J’ai pour ma part proposé d’explorer la manière dont on pouvait développer en bibliothèque la lecture sociale et la production collective de métadonnées, une direction encore relativement peu explorée. Le billet ci-dessous reprend en partie mon argumentaire. 

 

 

La bibliothèque est une interface physique 

Une bibliothèque est toujours un volume organisé en deux sous-espaces : une partie publique (front-end) avec laquelle les usages peuvent interagir, une partie cachée (back-end) utilisée pour la logistique et le stockage.  A la Bibliothèque Nationale de France, c’est un système robotisé qui fait la jonction entre les espaces immenses et sous-terrains ouverts au public et les quatre tours qui stockent les livres. L’architecte Dominique Perrault a imaginé une vertigineuse bibliothèque-machine où la circulation des hommes a été pensée symétriquement à la circulation des livres.

Alain Galey discute dans « The Human Presence of Digital Artefacts » la vue séctionnée de la New York Public Library telle quelle apparait sur la couverture du Scientific American le 27 Mai 1911. La bibliothèque est ici sans ambiguïté présentée comme interface physique mettant en contact des lecteurs avec des collections de livres archivés. Au sommet les bibliothécaires gèrent les requêtes et le catalogue et utilisent un système de tubes pneumatiques pour commander les livres stockés dans les étages inférieurs. Les livres, une fois localisés, remontent vers par des mini-ascenseurs.  Presque un siècle avant la bibliothèque Francois Mitterand, la NY Public Library est présentée commune une bibliothèque-machine, préfigurant le rêve de l’open-access des digital humanities.

Dans d’autres grandes bibliothèques et surtout dans tous les centres de documentations de taille beaucoup plus modeste, c’est encore aujourd’hui une logisitique humaine plus ou moins complexe qui organisent les circulations de livres entre le front-end et le back-end. Dans un article du dernier numéro de ligne en ligne, Véronique Poirier décrivait avec poésie l’articulation de ces deux espaces à la BPI.

Tous les matins et chaque mardi, la bibliothèque est fermée au public. Elle se transforme alors en une vaste ruche où se croisent les chariots bleus, rouges, jaunes, verts. Des livres quittent les étagères, d’autres les remplacent. L’espace étant limité, une volumétrie stable (près de 390 000 livres), doit être maintenu grâce à une gestion rigoureuse de l’équilibre entre le nombre d’ouvrages acquis et le nombre de « désherbés ».

Ce souci d’équilibre et de sélection, éléments clés dans la gestion de toutes les bibliothèques et centre de documentation, grand ou petit,  est aussi une des problématiques centrales des interfaces. Celui qui conçoit un site web ou une application iPad se demande également comment organiser au mieux l’espace de navigation et les cheminements des utilisateurs, comment articuler l’expérience « front-end » avec la logistique et le stockage back-end. Mais quand le créateur d’applications doit composer avec une surface de quelques centimètres carrés, le bibliothécaire dispose lui souvent d’un volume articulable en rayonnage, en espace d’échanges, en zones de travail spécialisées.

Durant les dernières années, nous avons vu apparaître de grandes bibliothèques construites selon un autre type d’organisation. Le Rolex Learning Center au sein duquel j’ai la chance d’avoir mon bureau, est organisé selon une logique tout autre et selon un plan qui optimise plus les échanges et les activités autour du livre, que l’accès aux livres eux-mêmes. Cette nouvelle tendance peut-elle servir de modèle directeur pour des bibliothèques de taille plus modeste ?

La tentation de la virtualité 

Avec l’arrivée du numérique, Il est tentant pour la bibliothèque de nier sa dimension physique, de ne devenir qu’une machine à information aux front-ends démultipliés, accessibles par toutes sortes de terminaux et aux back-end entièrement informatisés. On se souvient que Jacques Attali, alors conseiller de Francois Mitterand, avait en son temps critiqué le projet architecturale la bibliothèque-machine de la BNF pour lui opposer l’urgente nécessité d’une BNF directement numérique et algorithmique, accessible de partout et qui serait le meilleur outil possible pour la diffusion de la culture française à travers le monde.

Mais sur ce point, les questions stratégiques et patrimoniales des grandes bibliothèques ne rejoignent pas les questions locales pour nombre de modestes centres de documentation. Les bibliothèques n’ont aujourd’hui que des droits très encadrés pour l’exploitation digitale des livres qu’elles proposent en lecture ou en prêt. Impossible pour elles de construire de nouveaux services en exploitant directement des nouveaux circuits commerciaux de livre numérique « grand public » dans la mesure où la législation leur interdit la diffusion de contenus obtenus « sous le régime réservé à l’acquisition personnelle » (rappelons que les bibliothèques achètent plus cher les livres et les DVDs précisément pour pouvoir les exploiter dans le cadre particulier des services qu’elles proposent). Dans ces conditions, il est peu étonnant que ce soit en ordre dispersé et expérimentant parfois dans les zones grises qui entourent ces nouveaux usages, qu’elles essaient aujourd’hui de proposer certaines offres de prêt numérique complémentaire à leurs services traditionnels.

Dans billet écrit suite à un différent avec une bibliothécaire de Martigues, François Bon rappelait les deux manières de lire du numérique en bibliothèque

a. La bibliothèque acquiert le droit de diffusion un certain nombre de titres à un tarif défini par l’« interprofession » et les diffuse avec des DRM chronodégrable (la lecture n’est autorisée que pendant un certain temps).  En France, c’est la solution adoptée par Numilog basé sur Adobe Digital Reader et un logiciel de lecture particulier type Bluefire par exemple).

b. La bibliothèque acquiert le droit de diffuser en streaming certains contenus à des utilisateurs identifiés (via leur carte d’abonné par exemple). Plusieurs bibliothèques diffusent de cette manière les titres de publie.net

Ces nouvelles formes de prêt numérique sont un enjeu important et transverse sur dans le paysage de la lecture numérique. Il faut suivre avec attention les initiatives canadiennes dans ce domaine  au travers de la plateforme pretnumerique.ca (voir le billet de Clément Laberge) qui combine les usages de types a et b pour éviter que ce marché soit remporté par des fournisseurs externes. En effet, le risque est de voir la bibliothèque se faire l’intermédiaire de solution de prêt proposé par d’autres fournisseurs. La solution Overdrive est par exemple adoptée par un nombre semble-t-il croissant de bibliothèques aux USA. Ces questions sont donc en rapport direct avec la constitution des plateformes interprofessionnelles et de circuits de distribution indépendants des grands libraires digitaux que sont Google, Apple et Amazon.

Néanmoins, penser que l’avenir des bibliothèques se joue uniquement dans le succès ou l’échec de leur virtualisation et la constitution d’archives de contenus « empruntables » est peut-être un pari risqué. En ne portant son attention que sur l’indépendance des circuits de distribution et des services numériques, ne risque-t-on pas de passer à côté de ce qui pourrait être la vraie valeur des bibliothèques dans ce paysage de pratique de lecture en grande mutation ?

Pour Silvère Mercier, les bibliothèques peuvent se différencier en proposant de l’information de qualité, des services de questions-réponses et d’autres activités éditoriales. À côté des organes de presse, elles peuvent proposer une information et des services différents, ancrés dans leur rôle de service publique. C’est une piste riche et passionnante, déjà bien explorée par certaines initiatives locales.

Parmi ces services, il me semble qu’un dispositif particulier mériterait d’être développé de façon plus poussée : la construction et la curation collectives des métadonnées.

La bibliothèque comme lieu de production et de curation collective de métadonnées riches

Une bibliothèque n’est pas qu’une archive de contenus accessibles selon des règles de prêt particulières. C’est aussi et avant tout une interface physique de découverte. Je discutais dans un précédent billet de la pauvreté des interfaces proposées par les grandes libraires numériques. Deux types d’algorithmes statistiques sont utilisés en exploitant soit les corrélations d’achats ( “Ceux qui comme vous ont acheté ce livre ont aussi aimé celui-là”), soit les corrélations d’opinions (“Ceux qui ont aimé ce livre ont aussi aimé celui-là”). Les livres ne sont, dans ce jeu algorithmique, que de simples identifiants, des produits comme les autres.

Une des missions de la bibliothèque est d’organiser une rencontre physique différente entre des lecteurs et des livres. Le bibliothécaire est un match-maker. Il peut travailler à cette mission en utilisant aux mieux les trois atouts qu’il a sa disposition : un espace physique organisable, une équipe compétente et une communauté locale plus ou moins fidèle.

Beaucoup d’exemples tirant profit de ce triangle vertueux pourraient être envisagés, mais dans ce billet je ne développerai qu’une lignée de pratique qui semble pertinente (et relativement nouvelle). Les bibliothèques et les centres de documentations peuvent participer à l’organisation la production et la curation sociale de métadonnées riches.

La production et l’organisation métadonnées ont toujours été au coeur du travail du bibliothécaire. Elles constituent une de ces compétences premières. Plusieurs exemples récents ont montré que dans certaines conditions la production sociale de métadonnées riches était envisageable pour peu que les bonnes boucles d’engagements soient mises en place (voir mes billets Wikipedia est un jeu et Un monde où chaque ville est un livre). En détaillant par exemple des fiches de personnages, de lieux et d’objets, d’auteur sur les livres les plus empruntés et invitant les usages à faire de même, une bibliothèque peut mettre en place une communauté locale de pratique, une sorte de club de lecture qui travaille lui-même à un but plus vaste et organise ses contributions dans un réseau d’autres communautés locales.

Pour cela il faut bien sûr des outils communs et neutres.  Je n’ai pas de doute que des tels outils seront créés dans les prochains mois, car plusieurs dynamiques poussent dans ces directions

— Le développement des humanités digitales et la prise de conscience de leur importance géostratégique (voir mon billet sur cette question)   permettent de dégager d’important fonds de recherche académique dans ces nouvelles directions. Une des missions des humanités digitales est précisément de contribuer à la production d’outils communs et neutres permettant à des communautés de pratiques de s’organiser pour produire des métadonnées riches.

— La prise de conscience simultanée de l’importance historique des bibliothèques dans la constitution du capital linguistique et sémantique (voir mon billet « Le trésor de guerre de Google Books ») et de l’importance de ne pas laisser ce capital entièrement dans des mains privées. Les bibliothèques ne peuvent que dans des conditions particulières numériser et diffuser les livres qu’elles proposent, mais elles peuvent en extraire des informations linguistiques et sémantiques et les rendre accessibles gratuitement comme un bien commun. De la même manière qu’elles ont parfois contribué sans s’en rendre tout à fait compte à la constitution des nouveaux empires du capitalisme linguistique, elles peuvent aussi maintenant jouer un rôle moteur dans constitution d’immenses bases de données libres détaillant le contenu des livres, leurs relations mutuelles et permettant ainsi les bases d’outils de découverte sans précédent.

Une interface physique centrée sur la visualisation et la production de métadonnées

Plutôt que de construire une bibliothèque pensée comme une interface physique à la distribution de livres (le modèle de la bibliothèque machine que nous avons discuté au début de ce billet) nous pourrions envisager d’adapter certains espaces des bibliothèques aux activités de curation collective. Tout pourrait commencer par des visualisations intéressantes. La bibliothèque pourrait par exemple présenter un grand mur une carte des relations entre les auteurs d’un certain pays, la géographie des lieux d’une famille de romans policiers, l’arbre généalogique des personnes d’une saga, etc. Ces données visuelles, ces diagrammes et ces cartes seraient autant d’invitation à découvrir des livres et des auteurs nouveaux.

Dans une seconde étape, le bibliothécaire pourrait inviter les abonnés les plus motivés à participer à ces processus cartographiques. Notre expérience avec Bookworld nous a confirmé que visualisation et participation sont intimement liées. Voir un livre-ville complexe donne envie d’en construire un soi-même. La bibliothèque en mettant en scène et en valeur les productions de certains abonnés pour amorcer des pratiques locales, une forme de nouveaux clubs de lecture, où il ne s’agirait plus tant de critiquer les livres qu’on a lus, mais de travailler ensemble à leur cartographie.

Les métadonnées que les bibliothécaires produisent, structurent et organisent depuis les débuts des pratiques documentaires ont toujours été à la base de l’organisation physique des espaces que les bibliothèques proposent. Pourquoi ne pas continuer dans cette voie en élargissant les pratiques et les services à une communauté locale de lecteurs ?

Comment caracteriser notre relation au livre numérique ?

octobre 14, 2010

Les lectures du billet de James Bridle, puis de celui d’Hubert Guillaud m’ont donné envie d’explorer à mon tour cette relation étrange qui nous lie au livre.  Sommes nous attaché à l’objet physique ou à l’objet textuel et graphique ? Pourrait-on tisser les même lien avec un objet électronique ?

Comme le fait James Bridle, nous pouvons de manière assez consensuelle distinguer trois phases dans notre relation avec un livre imprimé.

Phase 1 : Avant la lecture. Le livre comme promesse

Nous entendons parler du livre par un ami, à la radio, lisons une critique dans un journal, une référence dans un article. Notre curiosité est éveillée. Ce livre devient une promesse. Promesse d’apprentissage, de divertissement, d’immersion, de détente. Parfois nous hésitons encore. Nous laissons le temps éprouver notre désir. Voulons-nous vraiment lire ce livre, nous en avons déjà tellement… Nous retournons en libraire le feuilleter, lisons plus sur le web à son sujet, interrogeons d’autres amis susceptibles de l’avoir lu. Puis un jour nous faisons le pas, nous l’achetons dans une boutique, le commandons sur Internet, l’empruntons à un ami ou en bibliothèque. Commence alors la phase 2 de notre relation avec lui.

Phase 2 : Pendant la lecture. Le livre comme océan portatif.

Le livre est à portée de main, prêt à la lecture. Nous pouvons nous y plonger quand bon nous semble. Il va nous accompagner quelques temps. Lire c’est s’immerger, plonger dans le propos de l’auteur. Mais cette immersion n’est jamais totale. Nous relevons très régulièrement la tête pour respirer à la surface, laisser notre esprit faire des associations libres, assimiler ce qu’il est en train de découvrir, tisser à partir du texte lu un réseau ouvert de connections (Lire/Lier, les 2 temps du lecteur). Pour tenter de saisir les associations fugitives auquel le texte a donné naissance, nous cornons parfois la page de mille et une manière, soulignons une phrase, mettons un signe en marge du texte, une note plus longue dans les espaces laissés vierges par la mise en page.

Pendant toute cette période le livre est comme un océan portatif. Nous pouvons nous y plonger à notre guise dans le train, à l’arret de bus, à la pause de déjeuner, le soir au lit. Il suffit de l’ouvrir pour être ailleurs. Les notes que nous ramenons de ces voyages immobiles s’attachent au livre lui-même. Nous les retrouverons dans la troisième phase de notre relation avec lui.

Phase 3 : Après la lecture. Le livre comme souvenir

Le livre fait désormais en quelques sortes parti de nous. Il a laissé sa trace dans nos esprits, tissé une toile de liens nouveaux. Mais, comme le reste de notre mémoire,  il n’est pas entièrement dans notre tête. Nous ne saurions nous passer tout à fait de lui. L’objet livre lui-même semble rester notre support mnémotechnique essentiel. C’est vers lui que nous reviendrons.

Lorsque nous ouvrons à nouveau le livre, les notes, les marques et les commentaires nous aident à réactiver les associations d’idées que la lecture du livre avait en son temps suscitées. Le flux de s s’appuie sur ces marques tangibles pour retrouver son chemin. Évidemment, le temps a fait son œuvre et nous ne sommes plus les plus mêmes. Ce ne sont jamais exactement les mêmes idées qui nous reviennent. Mais le pouvoir évocateur de l’objet-livre reste entier.

Inventer notre relation au livre numérique

Que reste-t-il de cette relation au livre lorsque celui cesse d’être un objet physique pour devenir simplement une « ressource » sur une tablette ou un ordinateur ? Quel type de relation nouvelle sommes nous susceptible de nouer ?

Dans la « métamorphose des objets » je développe l’idée que les traces et les marques que nous déposons au contact des objets numériques constitue un patrimoine autobiographique de valeur.  Ce patrimoine est  potentiellement dissocié de l’objet-interface qui lui donne naissance. Nous pouvons le stocker ailleurs, le représenter autrement, et même potentiellement l’exploiter commercialement. Il ne fait pas de doute que ces données doivent nous appartenir.

C’est il me semble également le point de vue défendu par James Bridle lorsqu’il propose en lançant l’initiative openbookmarks de réfléchir à des formats de stockage des données de lecture qui resteraient exploitable par les lecteurs eux-mêmes et non la propriété implicite des plateformes de distribution. Mettre en place un tel format n’est pas une tâche insurmontable.

Reste à savoir ce que cet « aura » numérique pourrait contenir, comment elle pourrait rendre au mieux compte de notre expérience temporelle avec une œuvre.

Commençons par le plus simple : documenter notre relation au livre pendant que nous le lisons. Les objet-interface n’ont guère de difficulté à garder trace de ce qui leur arrive. Il n’est pas difficile de créer une interface capable de capturer les traces de la lecture, de consigner les commentaires, permettre leur exportation. Encore faut-il évidemment le faire d’une manière agréable, qui s’intègre de façon fluide dans nos pratiques de lecture. Un peu de patience, nous y arriverons.

De ces traces et de ces marques nous pourrons produire des représentations nouvelles, synthétiques, capables de rendre compte de la manière dont nous lisons un livre, peut-être un peu comme lectographe que décrivait récemment Christian Fauré. Elles seront d’abord intéressantes pour nous, initiant une pratique réflexive nouvelle sur notre propre manière de lire. Elles pourront évidemment, si nous le souhaitons, être partagées, comparées et permettre de rendre visible des motifs plus globaux. Pour que nous puissions tirer bénéfices de ces nouveaux outils de représentation et qu’ils ne soient pas utilisés à notre insu, nous devons garder un contrôle sur ces métadonnées, pouvoir à tout moment les rapatrier dans un espace privé de stockage, indiquer de manière précise qui peut les voir et les exploiter.

Revenons maintenant sur la phase I (le livre comme promesse) de notre relation au livre papier et sur la manière dont il s’adapte à l’objet numérique. Au fur et à mesure que nous utilisons des outils numériques pour nous informer et communiquer les uns avec les autres, les chemins sérendipitiques qui nous conduisent à décider de lire un livre peuvent être eux même documentés. Par une exploration rétroactive, nous pourrions reconstituer ces routes et ces rencontres et produire des représentations qui "en creux" rendent compte de nos espérances, de nos attentes, de nos hésitations.

Avançons à la phase 3 (le livre comme souvenir) et nous voyons qu’à nouveau, notre usage numérique quotidien du livre comme ressource facilement consultable et optimalement citable se prête naturellement à la documentation. De la même manière que l’on développe aujourd’hui les premières métriques pour caractériser l’influence d’une personne au sein des réseaux sociaux auxquelles elle participe, il est probable que l’influence de la lecture d’un livre particulier dans nos propres pratiques deviendra un jour en partie quantifiable.

Ainsi, paradoxalement, en se détachant de leur support matériel (notes sur des pages physiques), les modes de représentation de l’aura du livre sont susceptibles de gagner en richesse, en diversité, en potentiel d’évocation et en pertinence à la fois personnelle et collective.

Comparer comme je le fais ici les modalités concrètes de notre relation au livre imprimé avec celles qui pourraient caractériser notre relation au livre numérique ne doit pas nous faire perdre de vue une vérité essentielle : représenter une pratique c’est la changer. Dès le moment où notre relation  avec le livre numérique passera de l’implicite vers l’explicite, elle se modifiera. Nos chemins de découverte seront influencés par leurs représentations, nos pratiques de lecture par les effets collatéraux qu’elles pourraient générer, notre manière d’intégrer les livres lus à nos réflexions futures par les outils que nous aurons à notre disposition pour gérer notre patrimoine biographique. Notre relation au livre se métamorphosera au fur et à mesure que nous développerons des outils pour mieux la comprendre.

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